L'actualité de la communication publique

Les pros de la com'

[ Tribune libre ] Un bon dircom est-il un dircom névrosé ?

Publié dans Les pros de la com' par Marc THEBAULT le dimanche 14 octobre 2007

par Marc THEBAULT
Directeur de la communication
Communauté d'agglomération Caen la mer


« Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.»

Edmond Rostand – Cyrano de Bergerac


L’objectif de ce petit écrit est de tenter de répondre (mais pas forcément sérieusement) à cette question cruciale en se souvenant que, puisque la communication publique est sujette aux lieux communs, les dircoms le sont aussi.

Et, si l’on en croit les théories de la communication, les dircoms sont, sans aucun doute possible, en partie responsables de leur image.Ils ont donné à voir des aspects d’eux-mêmes et de leurs métiers qui ont déclenché des idées reçues. Il paraît que l’on périt toujours par où l’on a péché. Ainsi, les dircoms peuvent-ils être considérés comme des militants serviles, véritables « oeil de Moscou » toujours prompts à dénoncer, auprès du cabinet, les déviances remarquées.



Ils pourront aussi être vus comme des vantards assoiffés de lumière, au nom sans doute de quelques névroses ayant donné à leur ego une démesure incompatible avec la réserve attendue dans la fonction publique.

Ils pourront être vus comme des fous du roi, des gadgets, des danseuses, totalement déconnectés du fonctionnement de leur collectivité, uniquement centrés sur des outils inutiles - et chers - et visiblement autorisés à déjouer en toute impunité les procédures des marchés publics. Par ailleurs, certains pensent toujours que « dircom » n’est pas un métier. Tout au plus une fonction, tout au moins une occupation pour fils (ou fille) à papa (ou à maman) oisif (ou oisive) et ayant, tant bien que mal, après un bac passé trois fois, usé quelques pantalons (ou jupes) sur les bancs d’une école privée aux tarifs rédhibitoires et n’ayant effectué ses stages pratiques que dans des cocktails ou des réceptions VIP. En introduction, j’ai employé le terme de « névrose » pour expliquer l’ego considéré comme démesuré des dircoms, au moins de certains.

Que l’on ne se méprenne pas sur mes intentions : je revendique haut et fort le terme et me l’applique à moi-même en tout premier lieu. Après tout, nous faisons un métier bien étonnant, celui de se contenter de l’ombre pour mettre l’Autre dans la lumière, tout en recherchant par ailleurs un morceau de cette lumière. Ainsi, nous faisons partie de divers clubs de la presse ou de communicants.

Nous participons à des colloques spécialisés.
Nous allons chercher des prix décernés par nos pairs. À ce sujet, rappelons les dangers de l’exercice : au premier prix on vous félicite, au deuxième on vous encense, au troisième on s’étonne, le quatrième devient suspect et à partir du cinquième vous êtres définitivement catalogué « ne vise que sa carrière ».
Et, par notre fonction, nous sommes régulièrement appelés à représenter l’Autre (entendre ici « notre patron »).

D’ailleurs ce paradoxe nous revient régulièrement en pleine face, lorsque nous tentons de préserver un équilibre entre l’abnégation demandée - c’est l’Autre que nous mettons en valeur - et la mission de représentation et de promotion de ce même Autre (élu ou collectivité). En somme, nous serions souvent victimes de la fameuse double contrainte dénoncée par Palo Alto qui nous oblige, professionnellement à métacommuniquer sur nos actions tout en étant le plus translucide possible afin que la lumière n’atteigne que nos commanditaires.

Et puis, qu’est-ce que notre métier si ce n’est celui de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire « aimer l’Autre » ?
Par essence, nous sommes dans un registre professionnel exclusivement tourné vers une quête : celle de l’Amour. Par là même, nous déployons alors tous les ressorts possibles de la séduction. En fait, nous n’allons pas être très éloignés de ce jeu transactionnel (relire Eric Berne, « Des jeux et des hommes »), où tout sera mis en œuvre pour plaire, pour conquérir. De là à penser que les meilleurs dircoms sont ceux qui, par leur profil psychologique, savent le mieux séduire, ou ont le plus grand besoin de séduire ..

Et pourtant, nous sommes bien les champions du « savoir dire ce que l’Autre veut entendre ». Comment séduire sinon ?

Nos compétences seraient alors directement liées à une certaine capacité d’écoute et d’observation, voire d’empathie, qui nous donnerait cette faculté essentielle de poser nos patrons (au sens large du terme) là où ils sont attendus, de les rendre conformes aux attentes.Et, comme Cyrano qui anime depuis l’ombre la lumière de Christian, nous repartons penauds pour ne réussir à briller que là où nous pouvons le faire : entre Cadets, entre petits soldats (au « Cap-Com » quoi !).

Nous pouvons tenter de croire que c’est nous que Roxane aime à travers Christian, mais dans les faits nous ne pouvons que déclarer sous le balcon lorsque Christian l’embrasse :

« Aïe ! au cœur, quel pincement bizarre !
- Baiser, festin d’amour dont je suis le Lazare !
Il me vient dans cette ombre une miette de toi,
-Mais oui, je sens un peu mon cœur qui te reçoit,
Puisque sur cette lèvre où Roxane se leurre
Elle baise les mots que j’ai dits tout à l’heure ! ».
Dans notre histoire à nous, Roxane ne dira jamais : « La voix dans la nuit, c’était vous ! » car une telle révélation dans nos milieux professionnels nous condamnerait inéluctablement. En déployant nos efforts pour faire aimer nos patrons, serions-nous en train de nous faire aimer par procuration ? Quel est ce vide que l’on comble par truchement sans oser l’affronter en direct ? Et après vous me direz que tout ceci n’est pas la preuve de nos névroses ? Ou bien faut-il, et les tendances télévisuelles et littéraires des années 2000 m’y inciteraient, que je dévoile ici mes propres failles ?
Certes non ! Par ailleurs, Denis Gancel (à l’époque, élu local et DGA de l’agence Compagnie corporate), signait il y a quelques années un ouvrage se définissant comme un guide communication à l’usage des élus des collectivités locales.
Sous le titre Heureux l’élu qui communique, l’auteur dressait, entre autres choses, un portrait du « bon dircom ». S’adressant aux élus, l’auteur recommandait de choisir un professionnel répondant aux critères suivants :
« Il ne vous ressemble pas. Il ne vous est pas inféodé.
Il a assez de foi dans ses propres compétences pour vous avertir de vos erreurs.
C’est une personne de conviction, et qui sait défendre une idée, contre un prestataire et même contre vous.

C’est un diplomate, quelqu’un qui entretient de bons contacts avec les uns et les autres, joue les ambassadeurs, et sait délivrer là où il passe une image qui vous sert.
Il connaît bien le marché des agences, mais il n’a pas de choix pré-établi, ni d’ascenseurs à renvoyer.


Il possède la double compétence. D’une part, une bonne connaissance du milieu politique et administratif […] D’autre part, une bonne pratique du monde des agences […] C’est un bon interprète de votre volonté stratégique.
Il sait enfin que, dans une collectivité, il ne sert à rien de jouer la carte personnelle, de se mettre en avant. Décidé en interne, il sait se montrer effacé à l’extérieur … ».



Puisque je vous le disais qu’il fallait la jouer profil bas ! N’oublions pas que les deux dangers principaux qui guettent les dircoms se nomment « notabilisation » et « starification » !

 

Alors, un bon dircom est-il forcément un dircom névrosé ?
Oui, certes névrosé ... mais discret !

Mots-clés
communication, communication institutionnelle

Aucun commentaire
Laisser un commentaire
Envoyer un commentaire




Les codes HTML seront supprimés à l'exception des liens, du gras, de l'italique et du souligné.

 2 6 4 Recopiez le code dans le champ de contrôle

Recherche

Proposez une actualité




 8 4 8 Recopiez le code dans le champ de contrôle


L'actualité par mots clés

éco citoyenneté   économies d'énergie   élections   élections municipales   élus   équipement   évaluer   évolution des comportements   20 ans   accueil   administration électronique   affiche   aménagement du territoire   anniversaire   annulation   association   bandes dessinées   blog   cadre juridique   campagne   cap'com   cap-com   capitale européenne de la culture   chaumont   chiffres   club cap'com   collectivités territoriales   communicants territoriaux   communication   communication institutionnelle   communication interne   communication publique   communication publique; relations internationales   communication territoriale   comportements   concours   conférences stratégiques   déjections canines   démocratie électronique   démocratie locale   département   développement durable   devedjian   directeur de la communication   enquête   enquête d'opinion   entreprise   environnement   europe   film   fonction hospitalière   formation   forum   géolocalisation   gard   gilet jaune   grand prix cap’com   graphisme   guide   habitants   haut- débit   individu   information   interactivité   international   internet   intervenants   jeu   journal   jurisprudence   loi   médiatique   magazine   magazines en ligne   mobilité   nommage   noms de domaine   nuit de la com'   obésité   obama   ouverture   pédagogie   période électorale   panneaux interactifs   personnel   pieds nickelés   pilotage   podcast   politique   pouvoir d'achat   président   presse   prix de la presse territoriale   prix des prix   professionnel   professionnels de la communication   propreté   publication municipale   publications   publication territoriale   québec   questions   rencontres média et proximité   ressources   revue   sécurité routière   sénat   sacs plastiques   semaine européenne de la mobilité   service   service de proximité   services municipaux   services publics locaux   site   sondage   stationnement abusif   télévisions locales   territoire   transport   tri   tva   unpcp   usagers   web 2.0   web territorial  

pcompublique est édité par

Identification


Mot de passe oublié ?


Vous n'êtes pas encore membre ?
Créer un compte...

Newsletter

Recevez toute l'actualité du portail de la communication publique et territoriale directement dans votre messagerie en vous abonnant à la lettre d'information bimensuelle.




L'agenda de la com' publique

« novembre 2008 »
L M M J V S D
01 02
03 04 05 06 07 08 09
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30

Annuaire web

Consulter notre répertoire de
197 sites web en rapport avec la communication publique et territoriale.

L'annuaire de sites web »


Informations sur ce site