par Jean Christophe Gallien - Professeur associé à Paris XIII
Conseil en communication d’influence
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals
L’expérience Sarko s’est brouillée. Le Guide a laissé la place au chef, le défenseur s’est transformé en bagarreur, le simplificateur en illusionniste. Le mythe a perdu en crédibilité.
La marque Sarko était tout à la fois globale et locale, populaire et "people". Un an après sa victoire, faute de réelle offre alternative, forte de son statut, elle domine toujours l’espace des médias nationaux, mais le local l’a repoussée.
De simple et accessible la marque Sarko est devenue dif fuse et lointaine. On l'aimait ou on la détestait, on l’ignore. Elle séduisait ou elle faisait peur. Elle ne fait plus vraiment rêver ses fans et elle n’inquiète plus ses adversaires. Hier, même les candidats de la majorité présidentielle l’ont oubliée. La marque Sarko a disparu des affiches comme sa sous-marque UMP. Le leader lui-même s’est caché.
Elle avait ses codes génétiques. Qui peut prétendre aujourd’hui décrire son ADN ? Et surtout, elle choisissait ses cibles, elle les "impactait", les fidélisait, les développait sans cesse. Elle a trop lu de sondages, s’est éloignée, a oublié de se relier à ses publics réels, et s’est retranchée dans la communication d’un émetteur qui n’entend plus ses récepteurs.
Depuis des mois, des années même, les scénaristes de Nicolas nous
livraient des séquences que nous dévorions épisodes après épisodes. La
« machine de guer re fictionnelle » écrasait tout sur son passage. Une
intrigue et des personnages toujours en prise avec les réels français
et globaux, comme dans toutes les bonnes séries. Nous fûmes aspirés.
Puis trop de bruits, des séquences sans cont rôle qui s’entrechoquent,
une équipe qui de lévitation en arrogance et dispersion a trop souvent
vu les scénaristes vouloir devenir des acteurs. Les second rôles
prendre tout l’écran.
Même le tempo n’était plus le sien, Le pont narratif entre la saison
2007 de la série Sarko, ses épisodes de campagne et des premiers mois
d’action, n’a pas été jeté vers une nécessaire réécriture de la saison
2008. La fin d’année 2007 aurait dû permettre cette évolution du récit.
Le public attendait de nouvelles intrigues, de nouveaux personnages…
tout respirait encore l’odeur forte et avait le goût daté d’une
campagne qui ne voulait pas finir.
Quand le mystère et la surprise ne sont plus là, la magie se retire.
Pourtant la marque Sarko reste un élément constitutif et dominant de la
culture globale de notre pays. Elle fut installée dans un effort sans
précédent en France. Il a manqué sa consolidation. Un an après la
marque Sarko est à « rebrander ». Comment faire pour réenchanter, faire
rêver les supporters, faire peur à ses adversaires, et se relier à
nouveau au pays réel ?
D’abord poursuivre l’invention d’une nouvelle forme présidentielle.
Sarko c’est à la fois Nicolas et Sarkozy. Grand frère plutôt que Père
de la nation. Donc présidentialiser mais simplifier aussi, c’est à dire
guider, dresser la perspective et le tempo des séquences et incarner LA
réforme en laissant le reste au gouvernement. Internationaliser, car
dans le Village Global, on ne peut compter que sur soi. Dans ce monde
qui change sans cesse, qui se repolitise, avec l’affirmation de
nouveaux leaders, créer la dimension globale de lamarque Sarko et ainsi
porter la marque France (qui en a bien besoin). Enfin territorialiser
pour renouer un dialogue authentique et identitaire, réinvestir le lien
temps citoyen temps du projet avec la France des territoires qui avait
« acheté» la marque Sarko un an plus tôt et recréer la confiance.
« Communiquer ce n’est pas seulement produire et distribuer de
l’information, c’est aussi être sensible aux conditions dans lesquelles
le récepteur a reçoit, l’accepte, la refuse, la remodèle en fonction de
ses choix philosophiques, politiques, culturels. La communication c’est
la question du récepteur. Donc pasde communication sans risque, celui
de la rencontre de l’autre. »*
Nicolas Sarkozy s’en souvient-il ?
* Dominique Wolton « il faut sauver la communication » 2005, Flammarion
Article paru dans "Stratégies" 28/04/2008
JF Gallien est membre du comité de pilotage du CAP- COM
jean-christophe.gallien@orange.fr
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Pourtant, si on adhère à cette idée de scénario captivant les Français, il est agréablement étonnant qu'au sommet du feuilleton, quand le héros épouse la princesse, le public s'en détourne !
Et pourtant, c'était quand même le top-modèle, aristocrate exotique, dite de gauche, chanteuse à succès et parolière émérite, du beau Julien Clerc notamment ! Rien que ça ! Quel casting !
Ca aurait du être l'épisode recueillant le meilleur audimat ! Celui lançant une nouvelle saison (il y en a au moins une de Friends qui finit comme ça pour mieux attaquer la suivante) !
Et là l'opinion française dit : « On ne veut plus du soap opera ! »
Trop mièvre, trop éloigné d'eux. Pas assez d'action. Des personnages trop nombreux qui se succèdent sans réellement apporter les promesses induites par le casting et promises dans la campagne de lancement.
Attention ! Ils ne veulent plus de polar non plus. « Qui a tué la croissance ? » ne fera pas recette, quel que soit le casting. Peut importe le meurtrier.
Sur la chaîne en face, « Ségolène et les garçons », en l'état, sera bien suivi, mais considéré comme manquant vraiment de fond, comme la production AB « Hélène et les garçons » en son temps.
Le seul nouveau programme qui puisse faire décoler l'adhésion, c'est un Sarko M6. Réaliste. Proche des téléspectateurs et de leurs préoccupations. « Recherche appartement ou maison », pour résoudre le problème du logement, « Stop aux découverts », pour le pouvoir d'achat, ou Sarko-Damidot, dans « D&Co, une semaine pour tout changer » pour rénover la maison-France ?
Malheureusement pour lui, dans la culture-télé, on ramène rarement les animateurs marqués par un échec. Alors, en attendant « la Nouvelle Star » ?